Amour, Nature et Beauté avec Eliana

Dans toute la chambre résonnent des « piou piou piou piou» . Eliana prend l’oisillon dans sa main et approche de son bec un bouchon de bouteille rempli d’eau. Il a l’aile cassé. Eliana lui parle tout doucement, le caresse, lui fait des petits bisous en essayant de le faire boire.

« Avant quand j’étais célibataire j’aimais bien m’occuper de moi mais depuis que j’habite ici je ne fais plus rien ! Cela ne sert à rien de se faire une belle manucure ou d’être bien peignée pour aller s’occuper des animaux et travailler la terre. Les seuls qui me voient se sont mes fils ! ».

Elle éclate de rire. Autour du lit sont rassemblés ses fils….quatre chiens ! Dans cette maison, les animaux sont des membres à part de la famille. De temps en temps, une poule passe sa tête par la porte pour voir ce qui se passe.

On sent beaucoup d’amour dans l’air. Sur les murs sont affichés des photos d’Eliana et de son mari Hector. Partout on aperçoit des cœurs rouges, des peluches qui disent « Te quiero » (je t’aime). Sur la commande, à côté de ses produits de beauté une carte illustrée d’un gros cœur rouge résume bien la situation :

« Puis vint le jour, comme de ceux où arrivent les miracles, où nos regards se sont croisés ».

Il y a du miracle dans la rencontre de ces deux êtres. Eliana est née sur la côté du Pérou où elle a étudié la biologie. Hector lui est né dans une communauté indigène ashaninka et se consacre à la culture de sa terre et l’élevage de ses animaux. Ils se sont rencontrés en travaillant ensemble sur des projets d’agronomie destinés à aider des agriculteurs indigènes. Ils partagent un amour profond pour la nature et l’envie de mener une vie empreinte de simplicité et de sincérité. Eliana a quitté sa vie citadine pour s’installer dans le village d’Hector situé près d’un fleuve, aux portes de la forêt amazonienne. Dans sa chambre, les murs de bambous laissent passer les rayons du soleil.

« Je me souviens de mon anniversaire de mes quinze ans lorsque ma tante m’a offert ma première palette de maquillage. C’était le plus beau cadeau que je n’ai jamais reçu. Mais je n’ai vraiment commencé à utiliser des crèmes que lorsque j’ai commencé à travailler. Avant je n’avais pas l’argent pour et puis je n’avais pas du tout l’habitude. Mon père était très jaloux et il ne voulait pas que ma mère utilise du maquillage. Je ne l’ai jamais vu utiliser une seule crème. Il disait qu’il la trouvait très belle naturellement et qu’elle n’en n’avait pas besoin.

A l’université j’avais une amie que j’appelais « la top model » parce qu’elle était toujours très bien habillée et maquillée. Elle vendait des produits cosmétiques pour les marques Unique et Esika. Elle avait une super allure et j’avais envie de lui ressembler.

Quand j’ai commencé à travailler, elle m’a donné beaucoup de conseils sur les crèmes, comment faire une manucure, ou lisser mes cheveux. J’aime beaucoup que l’on m’explique les choses et qu’on me dise ce que je dois utiliser, mais il faut la personne soit de confiance. J’ai toujours aimé prendre soin de moi, mais c’est vrai qu’en habitant ici dans la jungle c’est beaucoup plus difficile.

Regarde, mes pieds sont tous secs à force de marcher pieds nus ! J’aimerai bien mettre du vernis brillant aussi, mais si je m’occupe des animaux cela ne sert à rien, et puis il fait tellement chaud ici que si je mets de la crème elle coule !

Le soir, si je ne suis pas trop fatiguée par ma journée de travail je mets un peu de crème hydratante sur mon visage car j’ai la peau très sèche.

Quand je m’expose au soleil, je me mets un peu de crème solaire ou cette crème anti-tâches de Pond’s. Je me suis rendue compte que ma peau c’était vraiment abimée avec le soleil. Avant je ne mettais rien, je sautais sur la moto pour partir travailler et j’oubliais de mettre de la crème ou un chapeau. J’ai vu apparaitre sur ma peau beaucoup de tâches et de rides précoces, du coup maintenant j’essaye de faire attention. Ce n’est pas parce que j’habite à la campagne que je dois me laisser aller, même si je pense que c’est plus facile de prendre soin de soi quand on habite en ville et qu’on travaille dans un bureau.

Le seul produit qui m’accompagne tout le temps, même quand je pars visiter des communautés indigènes éloignées, c’est mon parfum ! Je ne peux pas m’en séparer. J’aime les odeurs douces et légères, les odeurs de fleurs. A cause de la chaleur, je transpire beaucoup et le parfum aide à camoufler les odeurs.

Cela fait rire mon mari quand je mets des crèmes. Il me dit « Pourquoi tu fais tout cela ? Moi je t’aime comme tu es». Depuis que je suis avec lui, j’ai même arrêté de m’épiler. Quand j’habitais à Lima, j’utilisais de la crème dépilatoire mais il aime mes poils et veut que je les laisse pousser (elle rit). Au début cela m’a fait bizarre, mais je me suis habituée.

Je me rends compte que mon mari est différent des hommes qui vivent sur la côte du Pérou. Ces hommes disent à leur compagne « mets toi quelque chose de joli, fais toi belle, maquille toi, … », mais mon mari lui ne me dit rien.

J’ai envie de prendre à nouveau soin de moi et surtout de m’occuper de mes cheveux et de mes pieds. Quelqu’un m’a dit un jour que pour plaire une femme doit avoir de jolis pieds, bien soignés. Ici, tout le monde vit en sandales et les gens regardent plus souvent l’état des pieds que celui des mains. Les pieds et les cheveux sont la carte de visite d’une femme. Avant j’avais de magnifiques cheveux. Ils m’arrivaient jusqu’à la ceinture, mais je suis allée chez la coiffeuse rafraîchir les pointes et elle m’a coupé trop court. J’étais furieuse ! Du coup, je ne les porte qu’attachés en attendant qu’ils repoussent.

Il y a des matins où lorsque je me réveille et que je regarde mon visage dans le miroir, je me vois avec une tête horrible. Je suis toute pâle, comme morte. Cela m’arrive en général au moment où j’ai mes règles. Je n’ai envie de rien, même pas de me laver les cheveux. J’ai juste envie d’être en pyjama et que surtout personne ne me voit.

Et puis il y a des jours où lorsque je me réveille, je me sens reposée. Je n’ai pas de cernes. Je n’ai pas de préoccupations. Mon âme est heureuse, mon esprit est libre, je me sens belle. Je me prépare et je vais faire un tour en ville !

Ce que j’aime chez mon mari c’est qu’on peut voir au travers de ses yeux à quel point il a un grand cœur et qu’il est honnête. Il est tellement transparent qu’il gagne facilement la confiance et l’amitié des autres. Il n’a pas besoin de se transformer en métrosexuel . (Elle rit).

Pour moi la beauté se trouve dans l’âme d’une personne. Si ton âme est pure, belle et sincère cela se reflète dans ton apparence physique. »

La course du soleil se termine à l’horizon. Il est l’heure pour Eliana d’aller nourrir toute sa famille. Elle quitte la chambre avec dans son sillage ses quatre chiens. En passant, elle gronde une jolie poule tachetée gris et blanc qui saute sur un lit. Dehors, la température s’est rafraichie. Le parfum doux et exquis des fleurs de citronnier embaume l’air. En observant Eliana et Hector dans leur paradis vert entourés de leurs cochons, canards, oies, poules et cochons d’indes, on peut voir des flux d’amour circuler autour d’eux.

Hector fait le pitre. Eliane éclate de rire…elle resplendit. Une beauté, pure.

Eliana, 31 ans, Communauté indigène de Pampa Michi, Chanchamayo, Pérou.

 

 

 

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2 Responses to “Amour, Nature et Beauté avec Eliana”

  1. Odetita says:

    Très joli portrait! Merci Marie!

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