Une dame, âgée d’une cinquantaine d’année, penchée vers le comptoir, observe avec attention les couleurs de deux poudriers de fond de teint.
« Prenez donc la couleur plus foncée, elle vous donnera meilleure mine », conseille avec assurance Sonia.
La cliente approche l’un des poudriers de son visage et le renifle pour s’assurer que l’odeur est agréable, signe de la fraîcheur du produit. Le poudrier est une simple boite en plastique bleu turquoise dont le couvercle est gravé de lettres dorées à moitié effacées qui laissent deviner le nom de la marque Pond’s. Elle sort de son porte monnaie 6 soles (1,6 euros) en marmonnant que la poudre s’use beaucoup trop rapidement.
Une autre cliente, un peu plus jeune, s’avance vers le comptoir et demande conseil sur la teinte de coloration qu’elle devrait utiliser sur ses cheveux.
Doña Sonia est la propriétaire de Kapricho, variation espagnole du mot caprice, la seule boutique de produits de beauté de Chachapoyas, ouverte depuis quatre ans. Capitale de la région Amazonas, Chachapoyas est une petite ville relativement isolée de 20 000 habitants située au nord ouest du Pérou, à 22 heures de bus de Lima, dans le piémont andin.
La boutique est coincée entre une boulangerie et un serrurier, dans une galerie commerçante rustique attenante au marché de produits frais. Le trottoir est encombré de chiens errants et jonché de vieux déchets de nourriture. Il n’y a pas de porte. Pour ouvrir ou fermer la boutique, il suffit de lever, ou baisser, l’épais rideau de fer gris vert. L’attroupement de jeunes filles devant la boutique nous indique pourtant que nous sommes bien arrivés au royaume du glamour.
Doña Sonia est un sorte d’oracle de la beauté dont le rôle est de conseiller, de guider et parfois même de former ses clients à l’utilisation des produits cosmétiques. Quelles couleurs d’ombres à paupières conviennent aux yeux marron ? Comment se nettoyer la peau ? Quel shampoing permet de discipliner les frisotis ? Comment masquer les cheveux blancs ?
« Je reçois parfois des femmes paysannes qui viennent des petits villages aux alentours et qui se plaignent d’avoir la peau rêche et déshydratée à cause du froid. Elles ne savent pas comment prendre soin de leur peau. Elles se lavent souvent avec du savon abrasif, destiné normalement à laver le linge. Je leur conseille plutôt de se laver le visage avec une infusion de camomille et d’utiliser un savon à base de glycérine. »
Toute la journée, des femmes de tous les âges se relayent devant le comptoir en verre à la recherche de bons conseils et de petits caprices bons marchés.
« Les femmes qui travaillent dans les bureaux sont celles qui prennent le plus soin d’elles. Elles suivent toutes les étapes du rituel de beauté. Elles se démaquillent la peau, s’hydratent, utilisent une base et se protège avec de la crème solaire. Les femmes au foyer n’achètent pas beaucoup de crèmes. Les produits que je vends le plus sont les déodorants, les shampoings et les colorations capillaires. Tout le monde se colore les cheveux, même les hommes qui craignent les cheveux blancs. De très jeunes filles se colorent les cheveux en noir clair et en blond pour suivre la mode. Les femmes plus matures préfèrent les tons naturels. »
Dans une vitrine en verre, des palettes de maquillage dans différents camaïeux de couleurs sont présentées ouvertes afin de provoquer les envies. Cette caverne d’Ali baba propose tout l’attirail pour se faire belle et pour tous les budgets. On trouve pèle mêle des faux cils synthétiques dans des boites écrites en chinois, des vernis à ongles à 1 sole (25 centimes d’euros) , des parfums aux noms évocateurs tels que « Momentos vibrantes » (moments vibrants) ou « Incitante Deseo » (incitant désir) et des gels douche à base de plantes amazoniennes.
Aujourd’hui Doña Sonia a choisit de peindre ses lèvres avec un rose perlé. Il lui arrive parfois de ne pas se maquiller. Elle a un jeune enfant et n’a pas toujours le temps de s’offrir ce qu’elle considère être un petit caprice. A 40 ans, elle a la chance de ne pas avoir un seul cheveu blanc.
Elle a appris à se maquiller et à prendre soin de sa peau en assistant aux réunions de formation organisées par les différentes marques qu’elle distribue : Unique, Esika, Avon, Oriflame et Natura. Elle distille ensuite ces précieux conseils à ses clients.
« Prendre le temps de se faire belle est une sorte de petit caprice que l’on s’offre. En réalité seule la beauté spirituelle est importante. La beauté physique ne dure pas alors qu’avoir de bonnes valeurs si ! »
Au dessus du comptoir sont suspendus tous les accessoires pour la coiffure allant des élastiques Hello Kitty pour les plus jeunes coquettes aux chouchous en velour strassé.
Chez Kapricho, la beauté ne se limite pas aux produits de soins. La moitié de la boutique est dédiée aux bijoux. Un groupe de jeunes filles entre, et vient de se regrouper en gloussant autour d’une vitrine où sont présentées toutes les déclinaisons possibles de la forme de cœur ; en pendentif, en bague et en bracelet. Elles rêvent du jour où leur fiancé viendra leur offrir un si joli présent, bien brillant, en signe de son amour.
La vendeuse de caprices se transforme aussi en vendeuse de rêves.
Sonia, 40 ans, Chachapoyas, Pérou.















Les photos sont magnifiques ! Et le récit aussi
Bisous
Merci beaucoup Madame Le poudrier
J’ai fait un petit tour sur ton blog qui est très sympa ! Un beso